Dimanche 3 juillet 2011
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21:59
La nuit est là, minuit dix, je quitte le boulevard et m'enfonce dans les ruelles sombres et mal éclairées de ce putain de quartier craignos. Ruelles crades,
jonchées de merdes de chiens et de pisse d'ivrognes, odeur subtilement repoussante, voilà bien vingt ans que la police n'ose même plus y passer dans ce coupe-gorge maudit. Malgré l'été il
fait un peu frais, trop frais pour une nuit d'été, je ferme ma veste et me dis que j'aurais dû sortir avec un pull en plus.
Je tourne le coin habituel, celui que je tourne toutes les fois que je peux, à cinq mètres deux motards discutent en flamand ou en allemand. J'arrive à leur hauteur
et tchac, voilà qu'il y en a un qui m'attrappe par le col me secoue, sors de son blouson de cuir une chaîne et me murmure à l'oreille, l'haleine puant l'alcool, "fait surtout pas l'malin et
refile moi ton fric". Je n'ai rien à faire en fait car le second viens directement prendre mon portefeuille dans ma poche et les 20 euros qu'il y avait dedans. Puis le gars me jette à terre
et me lance "allez dégage".
Je savais que ça arriverait un jour, bref je continue mon chemin et m'enfonce encore plus loin dans les ruelles, heureux d'avoir gardé vingt autres euros cachés
dans mes baskets. Après cinq minutes de marche j'apperçoit au loin, à dix mètre, les deux dealers que je vais voir pour ma putain de drogue. J'arrive, ils n'ont même pas vingt cinq ans moi j'en
ai quarante et je suis acceuilli d'un "salut gamin, alors t'as du flouze aujourd'hui?". Tarif habituel c'est 10 euros pour 35 grammes plus 2 euros pour le paquet de cent feuilles à
rouler. Je sors mes vingt euros. "Désolé mec mais on a pas de monnaie, on te file cinq paquet de feuilles, comme ça ça fait de bons comptes. Les bons comptes font les bons amis pas vrai
mec?". Mieux vaut pas réclamer vu la carrure de l'un des deux et surotut le couteau que je sais qu'il a toujours sur lui.
Je prends enfonce dans la poche de ma veste le précieux colis et m'en vais salué d'un "tu f'rais mieux d'faire du sport gamin c'est meilleur pour la
santé".
Chemin du retour, mieux vaut ne pas recroiser les deux motards, je serai obligé de prendre l'avenue Isabelle Durand, du nom de la connasse qui dirigeait le parti
écolo par où est venu la prohibition de "cette drogue dangereuse". Un comble pour moi.
Là il fait plus clair, les voitures de police y passent de temps à autres, tout le long de l'avenue des cofee shops mais je sais qu'on me connaît et qu'on ne m'y
laissera jamais entrer avec ma grosse drogue. Ici c'est cannabis only. Plus loin le "Central", le nouveau shoot shop: ici cocaïne et héroïne, voire même LSD ou XTC, mais là encore on va vite me
repérer.
Enfin la Place et plus loin le boulevard où j'habite. Une fois rentré chez moi je pourrai, rideaux fermés, apprécier cette putain de drogue qui m'a coûté 20 euros
pour à peine de quoi tenir un à deux jours, ce tabac de derrière les fagots! Tabac dont la répression de la consommation avait commencé des les années 2000, alors maintenant en 2050 on se
débrouille comme on peut...
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